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Lettre à Geoffrey Molson

Publié le 5 Mars 2012
Publié le 5 Mars 2012
Normand Laberge  RSS Feed

Cher M. Molson,

Je suis partisan du Canadien depuis le début des années 1970. J'avais 10 ans et je suivais les prouesses des Jean Béliveau, Yvan Cournoyer et Henri Richard via la Soirée du hockey à Radio-Canada et mes cartes de hockey O-Pee-Chee. Ensuite sont arrivés les Guy Lafleur, Bob Gainey, Ken Dryden, Larry Robinson, Serge Savard et Guy Lapointe, pour ne nommer que ceux-là.

À cette époque, le Canadien enfilait les victoires. Au point qu'en début de saison, on ne se posait même pas la question si le Canadien allait remporter la coupe Stanley. On savait assurément qu'il ferait les séries. La question était plutôt de savoir en combien de matchs nos Glorieux règleraient le compte de leurs adversaires.

Je vous rappelle tout simplement que le Canadien a remporté six coupes Stanley dans les années 1970. Et l'équipe pouvait compter sur plusieurs Québécois au sein de l'alignement. Il n'y avait pas que des joueurs vedettes. Il y avait aussi, et surtout, des plombiers, des hommes de hockey qui avaient le cœur à l'ouvrage. Ils avaient tous le CH tatoué sur le cœur.

Aujourd'hui, avec la hausse des salaires, avec un produit de plus en plus dilué en raison du nombre d'équipes, force est de constater que le Canadien n'est plus le même. Le sentiment d'appartenance n'y est plus. La fierté non plus. Chaque année, on se pose toujours la même question: la Sainte-Flanelle fera-t-elle les séries cette année?

Aujourd'hui, on se contente d'avoir une équipe compétitive. Une équipe suffisamment performante pour terminer dans le peloton des seize meilleures équipes du circuit Bettman. Obtenir un joueur québécois devient difficile, comme si c'était une denrée rare.

Je sais qu'il est difficile d'obtenir des Vincent Lecavalier, des Martin Saint-Louis. Et encore plus ardu d'obtenir des joueurs vedettes, masse salariale oblige. Mais combien de Québécois a-t-on laissé filer au profit de joueurs des ligues de l'Ontario, de l'Ouest ou d'Europe? À talents égaux, un Québécois ne serait-il pas le bienvenu?

Et je ne vous parle même pas de la nécessité d'avoir un entraîneur francophone pour diriger l'équipe. C'est une question qu'on ne devrait même pas se poser.

Ce que je vous demande, M. Molson, n'est pas compliqué. Je veux une équipe équilibrée, composée de quatre à cinq joueurs francophones, d'un ou deux joueurs vedettes, dirigée par un francophone, qui seront tous fiers de porter l'uniforme bleu, blanc, rouge.

Il se peut que cette équipe de rêve ne fasse pas les séries et qu'elle ne gagne pas à toutes les années. Néanmoins, les partisans auront au moins la fierté de dire : nos Glorieux n'ont pas gagné cette année, mais ils auront démontré qu'ils pouvaient jouer avec conviction, ce qui n'est pas toujours le cas depuis quelques saisons.

Je vous le répète, M. Molson. Je suis partisan du Canadien. J'aimerais l'être pour plusieurs années encore. Mais pour ça, il faut beaucoup plus qu'une équipe compétitive. Il faut une équipe qui aspire aux grands honneurs. Une équipe qui veut gagner. Une équipe qui veut, surtout, remporter la coupe Stanley pour l'honneur et non pas juste pour quelques dollars de plus.

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