Ce n'est pas d'hier que des politiciens se mettent les pieds dans les plats en lançant des phrases incendiaires dans les journaux, à la radio ou à la télévision. En anglais, on dit se mettre les pieds dans la bouche. Je préfère la version anglaise. C'est plus senti à mon humble avis. Mais là n'est pas la question.
Les propos du sénateur, Pierre-Hugues Boisvenu, qui a déclaré que « chaque assassin devrait avoir le droit à sa corde dans sa cellule » est un autre bel exemple de déclarations-chocs. Si on retourne quelques années en arrière, on se rappellera que le premier ministre du Québec, Jacques Parizeau, avait soulevé lui-aussi tout un tollé quand il avait affirmé lors du référendum de 1995 « qu'on s'était fait battre par l'argent et les votes ethniques ». Et si on va encore plus loin dans le temps, rappelez-vous des déclarations de Lise Payette lors du référendum de 1980, qui avait comparé Yvette Ryan à toutes les Yvettes du Québec. Une déclaration irréfléchie qui avait joué un rôle prépondérant dans la défaite du oui, selon plusieurs analystes politiques.
Ce qui m'étonne de tous ces propos, ce n'est pas tant le fait qu'ils choquent que l'impact qu'ils provoquent dans la société. Comme si on avait besoin d'un traitement-choc pour sonder la population sur des sujets chauds d'actualité.
J'ai bien aimé la chronique de Vincent Marissal dans La Presse qui a laissé sous-entendre que le sénateur Boisvenu pourrait, à la limite, être un bouc-émissaire de Stephen Harper pour tâter le pouls des Québécois et les Canadiens à savoir s'ils sont pour ou contre la peine de mort.
Oui, je sais que le sénateur s'est excusé pour ses propos et que le premier ministre du Canada en a fait de même. Que les deux politiciens ont aussi affirmé qu'ils étaient contre la peine de mort. Mais avouez honnêtement que le « parlez-en en bien ou en mal, mais parlez-en » a touché beaucoup de cordes sensibles.
Regardons ça objectivement. Qu'est-ce qui a le plus d'impact entre : êtes-vous pour ou contre la peine de mort, d'un côté, ou les déclarations d'une personnalité laissant sous-entendre qu'il serait préférable de donner le choix à tous les assassins de ce monde de se faire justice soi-même pour avoir bonne conscience? Poser la question, c'est un peu, et beaucoup, y répondre.
Il est vrai que toute vérité n'est pas toujours bonne à dire. Ce n'est pas politically correct. On peut le penser, mais pas le dire. C'est ce qu'aurait dû faire le sénateur. Il est vrai également que M. Boisvenu a pu dire tout haut ce que plusieurs chuchotent tout bas. Un sondage Léger Marketing, au lendemain de ses déclaration, lui ont donné raison puisque que 48 % appuyaient ses propos. Il est vrai également que le sénateur a pu agir sous le coup de l'émotion. Il a tout de même perdu ses deux filles, l'une étant assassinée, l'autre ayant subi un accident. Malgré tout, on peut tout de même se poser la question: est-ce que ces paroles à la fois choquantes et déplacées étaient préméditées ou non ?
Qu'elles l'étaient ou non, je crains que d'autres, politiciens ou non, mais des personnes publiques, se servent de déclarations chocs pour sonder le terrain. Des personnalités vulnérables qui auraient tout intérêt à faire passer un message et à susciter un débat de société.
Vous pensez que je divague? Pas sûr. À l'ère des médias sociaux et de tout ce qui touche de près ou de loin l'Internet, avouons que la tentation est faible. Ce qu'on appelle désormais « L'affaire Boisvenu » fera des vagues. J'en suis sûr. Pour la simple et bonne raison que les gens sont partagés. Il y a ceux qui sont en faveur de la peine de mort. Il y a ceux qui sont contre le suicide. À lire ce qui s'écrit dans les journaux. À entendre ce qui se dit à la radio ou à la télévision. Les gens s'arrachent les tribunes pour dire ce qu'ils pensent.
Je n'ai rien contre le fait que les gens puissent s'exprimer. Mais il ne faudrait pas que ces débats soient prémédités au point que cela en dépasse l'entendement.

