Après avoir connu le policier Victor Lessard dans Il ne faut pas parler dans l’ascenseur, les lecteurs ont renoué avec le personnage en 2011 dans La chorale du diable. Martin Michaud, auteur de polars, sera au Centre Claude-Hébert de Candiac le 23 avril prochain. Il y donnera une conférence dans le cadre de la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur. Voilà un excellent prétexte pour lui poser quelques questions.
Qu’est-ce qui vous a incité à écrire des polars?C’est une longue histoire. J’écris depuis l’âge de 25 ans. Au début, j’écrivais des romans plus littéraires. Je n’ai reçu que des refus pour le deuxième roman que j’ai tenté de publier, mais un éditeur m’a écrit une longue lettre pour me dire qu’il m’encourageait à écrire, parce que « visiblement, vous savez écrire ». J’ai commencé à jeter les bases d’un personnage, un policier du SPVM qui s’appelait Victor Lessard. Je me suis dit que ça serait cool de le suivre dans une série de romans, comme le font Michael Connelly ou Henning Mankell.
Quelles sont vos principales sources d’inspiration?J’apprécie autant les auteurs plus littéraires que les auteurs de romans policiers. Les meilleurs en ce moment, selon moi, c’est Joe Nesbo et R.J. Ellory. Je vais d’ailleurs rencontrer Ellory au Printemps meurtrier [Festival international de littérature policière à Knowlton]. Je lis beaucoup de littérature, comme le roman Arvida de Samuel Archibald.
Qu’est-ce que le thriller parfait?Celui qu’on essaie d’écrire. On n’y parvient jamais tout à fait, alors on en écrit un autre. Il n’y a pas de recette, sinon tout le monde pourrait en écrire un. Quand j’en lis un, je veux entendre une voix, je veux qu’on me déstabilise. Ça prend de la finesse dans les détails. Il faut tenir le lecteur en haleine, ne pas perdre son intérêt.
Selon vous, pourquoi associe-t-on souvent le thriller à un univers religieux comme dans (Le code Da Vinci, ou votre dernier roman La chorale du diable)?Dieu, le diable… Toutes ces histoires qui touchent à la compréhension de notre condition humaine nous fascinent, même si on n’est pas croyant. C’est un thème très porteur, ça crée des énigmes intemporelles.
Vous habitez dans le même quartier de Montréal que votre personnage Victor Lessard. En quoi Montréal est-elle une ville inspirante pour un roman policier?Victor Lessard, je le croise parfois sur Sherbrooke! Montréal est une ville très inspirante, à la fois belle et laide. C’est un milieu hétéroclite, tant au niveau de ses gens que de son architecture… C’est facile d’en faire un portrait glauque. J’aime Montréal et je crois que ça paraît dans mon écriture.
En quoi ressemblez-vous à votre personnage?Il me ressemble plus dans les détails que dans les aspects fondamentaux de sa personnalité. Il se passionne pour les documentaires sur Mohammed Ali. Dans une période de ma vie, j’ai déjà écouté beaucoup de documentaires sur Ali. Avec ce genre de détails, on a l’impression que c’est réel. On puise chez soi et chez ceux que l’on rencontre.
Comment alliez-vous votre emploi d’avocat et celui d’auteur?Pendant plusieurs années, j’ai été très déchiré. J’étais pris dans un métier exigeant et j’avais l’impression de passer à côté de ma vie. Mais si je peux écrire maintenant, c’est parce que j’ai été avocat. La mécanique dans l’écriture de contrats devient un avantage. Je me suis réconcilié avec mon métier que je pratique maintenant à mon compte. 80 % à 90 % de mon emploi du temps est consacré à mon travail d’auteur.
Vous travaillez à la scénarisation de votre premier roman pour la télévision. Quels sont les défis particuliers au petit écran?La télé est un média différent, un langage qui a ses défis. Les dialogues sont très denses, centrés sur des enjeux. Il n’y a pas de small talk, toute scène est significative. Le roman donne plus de liberté, car personne ne regarde derrière ton épaule. À la télé, tout le monde veut mettre son grain de sel. C’est un travail d’équipe et j’y suis bien.
Comment se passe l’écriture de votre prochain roman?Très bien! Il reste environ 80 pages à écrire. Je suis très excité par ce troisième roman qui sortira à l’automne.
Le 23 avril est la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur. Qu’est-ce que ça représente pour vous?Les gens ne se rendent pas toujours compte que derrière le livre, il y a une somme extraordinaire de travail... pour pas grand-chose. Si un auteur est chanceux, il peut recevoir 2,50 $ sur un roman qui se vend 25 $. Les droits d’auteurs sont très importants pour protéger nos auteurs. Le livre, je ne connais pas d’autres médias qui me permettent de m’évader autant, à peu de frais. Ça se transporte partout et nous plonge dans un imaginaire en un claquement de doigts. J’ai un rapport très organique avec le livre.
Quelle est la question que l’on vous demande le plus fréquemment lors de conférences ou d’entrevues?On me demande souvent d’où me vient l’inspiration. Chaque fois, je n’ai pas de réponse intelligente! Je ne le sais pas. Je me lève le matin et ça s’est déposé dans mon cerveau!

